LYCEE - HISTOIRE-GÉOGRAPHIE
La réforme examinée sur fond de polémique
La réforme du lycée doit passer une étape décisive demain au Conseil supérieur de l’éducation sur fond de polémique due à l’enseignement de l’histoire-géographie.
La réforme du lycée, qui doit passer une étape décisive demain au Conseil supérieur de l’éducation (CSE), vise notamment à permettre la réorientation des élèves, à rééquilibrer les filières du lycée général et elle crée deux heures hebdomadaires d'«accompagnement personnalisé », à horaire global inchangé.
Pour cela, il est prévu de diminuer les horaires de certaines disciplines et de recentrer la filière scientifique (S) sur les sciences.
Dans ce cadre, l’histoire-géographie ne serait plus qu’une option en terminale S mais aurait quatre heures en première, contre actuellement 2 h 30 en 1ère et 2 h 30 en terminale pour les scientifiques.
Longtemps confiné à la sphère des professeurs d’histoire, le mécontentement à ce sujet a percé au grand jour ce week-end avec une pétition d’une vingtaine d’universitaires de renom demandant « d’annuler cette décision », « inspirée par un utilitarisme à courte à vue » et peu à même de former de « futurs citoyens ».
En deux jours à peine, la polémique a considérablement gonflé : des politiques de tous bords, socialistes mais pas seulement, ont critiqué la mesure, le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, répondant qu’il y avait un « malentendu », le programme actuellement étudié n’étant « pas supprimé ».
« Ce n’est pas une catastrophe »
L’inspirateur de la réforme et patron de Sciences Po, Richard Descoings, est venu à la rescousse du ministre.
Les pétitionnaires sont « sincères et attachés à leur discipline », a-t-il dit hier. « Mais je crois qu’ils n’ont pas pris la mesure des dérives qui sont à l’œuvre au lycée depuis une bonne dizaine d’années », a-t-il ajouté : « la série S est davantage une filière généraliste élitiste qu’une filière scientifique ». En 2009, 51 % des candidats au bac général étaient en S, contre seulement 17 % en filière littéraire, qui décline régulièrement.
Egalement favorables à un rééquilibrage des filières, les parents d’élèves se sont nettement démarqués des professeurs, défenseurs de leurs disciplines.
« Ce n’est pas une catastrophe » et « la nécessité de former des citoyens n’est pas mise à mal par cette réforme », a jugé la FCPE, la Peep mettant l’accent sur l’accompagnement personnalisé, « une révolution qui fait peur à certains enseignants ».
Même les lycéens de l’UNL, pourtant à l’origine l’an dernier par leur mobilisation de l’abandon d’une première mouture de réforme du lycée, ont jugé que « le débat purement disciplinaire » sur l’histoire n’était « pas utile ».
Pour autant, la polémique a pris car la politique éducative du gouvernement suscite chez certains la suspicion.
Ainsi, l’UNL « comprend l’inquiétude des historiens » car « tout, depuis 2007, dans la politique libérale de casse du service public d’éducation peut nous laisser penser qu’il s’agit d’apporter moins de connaissances aux élèves et de supprimer encore quelques postes d’enseignants de plus ».
Et les professeurs de lettres et de sciences économiques et sociales peuvent eux aussi voir la réforme comme « une entreprise idéologique » au détriment de leurs disciplines, a expliqué Claude Leliève, historien de l’éducation.
Huit syndicats d’enseignants du secondaire opposés à la réforme, représentant plus de 70 % des voix aux élections, organisent une manifestation demain en début d’après-midi, au moment où M. Chatel présentera la réforme au CSE, instance consultative représentant l’ensemble du monde éducatif.



Changer le lycée 
